
À Saint-Denis (Seine-Saint-Denis), les premières années de mandat de Bally Bagayoko, maire La France insoumise élu à l’issue des municipales de 2026, sont désormais scrutées à la loupe. Entre décembre 2025 et juin 2026, l’élu est intervenu à deux reprises en faveur d’Ahmed et d’Adams Doumbia, deux frères plusieurs fois condamnés, notamment pour trafic de drogue, selon une enquête de la cellule investigation de Radio France. Ces démarches, que l’élu assume tout en contestant toute lecture compromettante, nourrissent un débat déjà vif sur ses rapports avec certains acteurs des quartiers populaires de la ville.
Premier épisode en décembre 2025, alors que Bally Bagayoko est encore en campagne. Il sollicite l’adjoint au commerce pour qu’il examine « a minima » le dossier d’Ahmed Doumbia, 49 ans, dont le casier judiciaire est particulièrement chargé : trois ans de prison en 1998, six ans en 2010 pour trafic de drogue, puis cinq ans supplémentaires en 2017 pour menaces de mort contre des policiers. L’intéressé exploite une boîte de nuit non conforme à la réglementation, dans le viseur de la mairie pour plaintes de riverains, présence de stupéfiants et vente d’alcool sans licence. Malgré l’intervention du futur maire, la réouverture est finalement refusée par les services municipaux.
Quelques mois plus tard, l’enquête s’intéresse au cas d’Adams Doumbia, frère d’Ahmed, qui dirige de manière officieuse la section football d’un club omnisports de Saint-Denis. Lui aussi a été condamné à plusieurs reprises : sept ans de prison en 2004 pour des violences ayant entraîné la mort sans intention de la donner, un an en 2009, puis neuf ans en 2021 pour trafic de drogue. Dans un contexte de tensions internes et de soupçons de malversations financières au sein du club, le soutien politique à un projet porté par cette structure pouvait ouvrir l’accès à 111 000 euros de subventions, selon les éléments révélés. Là encore, le rôle joué par le maire auprès de cette figure locale, très implantée dans le tissu sportif, interroge une partie de la classe politique et des acteurs institutionnels.
Ces révélations s’ajoutent à un climat déjà tendu autour de la lutte contre le narcotrafic à Saint-Denis. Pendant la campagne municipale, le socialiste Mathieu Hanotin, alors maire sortant en quête de réélection, avait multiplié les mises en garde sur les « liens supposés » entre certains trafiquants et son adversaire. Sans accuser directement Bally Bagayoko de complicité, il affirmait que « les narcotrafiquants ont fait un choix et s’impliquent dans cette élection », en expliquant que leur objectif serait de faire tomber une équipe municipale qui avait durci la répression : caméras de vidéosurveillance multipliées par dix, effectifs de police municipale quadruplés. Dans le même temps, Bagayoko défendait un désarmement de la police municipale, aux contours encore flous, un positionnement qui contraste avec la stratégie sécuritaire revendiquée par son prédécesseur.
Sur le terrain, certains agents municipaux font état de pressions exercées par des dealers et des guetteurs, relatent les mêmes sources. Des propos menaçants auraient été captés par les caméras-piétons des policiers : « On a pris notre carte électorale et dans deux mois, on vous vire et on prend votre place », rapporte Hanotin à la cellule investigation de Radio France. Face à ces accusations, Bally Bagayoko met en avant son parcours et ses attaches locales. Sur la chaîne YouTube Zawa Talk, il revendique avoir « grandi dans un quartier » et affirme que, dans son entourage, « forcément, il y a ceux qui prennent des parcours de ce type ». « Ça se respecte, quel que soit leur parcours, on n’a pas à juger les gens », ajoute-t-il, en écho à une ligne de défense qui se veut fondée sur la proximité sociale et le refus de stigmatiser des habitants passés par la justice.
Pour l’heure, l’élu conteste toute interprétation qui ferait de ces interventions une forme de complaisance envers le trafic de drogue. Mais la succession de dossiers – boîte de nuit illégale, club de football sous tension, figures locales au lourd passé judiciaire – place sa mairie dans une zone de turbulences politiques. Entre exigences de sécurité, équilibre des pouvoirs dans les quartiers et relais associatifs ou économiques parfois issus de trajectoires pénales, Saint-Denis illustre la ligne de crête sur laquelle doivent évoluer les exécutifs locaux, sous le regard de plus en plus insistant des enquêteurs, des oppositions et des habitants.

En choisissant Saint-Raphaël (Var) pour lancer sa campagne présidentielle, David Lisnard a donné le ton d’une candidature construite contre ce qu’il décrit comme la continuité du pouvoir actuel. Devant près de 1.500 personnes selon les organisateurs, le maire de Cannes et président de l’Association des maires de France (AMF) a pris pour cibles les figures pressenties du camp macroniste pour 2027, notamment l’ancien Premier ministre Édouard Philippe et l’ex-chef du gouvernement Gabriel Attal. « Pourquoi vouloir à nouveau tenter de nous dire que le seul choix rationnel et raisonnable en 2027 serait de reconduire ceux qui ont gouverné et échoué ? », a-t-il lancé.
Candidat libéral, David Lisnard a rompu au printemps avec Les Républicains pour se présenter en solo à la présidentielle. Cette prise de distance s’est doublée d’une attaque frontale contre ce qu’il appelle « un petit monde parisien » qu’il dit avoir « découvert » via ses fonctions à la tête de l’AMF. Il décrit un milieu qui « fréquente les mêmes cercles, les mêmes lieux de pouvoir » et partage « les mêmes habitudes et les mêmes réflexes ». Selon lui, le pouvoir resterait ainsi concentré entre les mains d’une même élite politique et administrative.
Le maire de Cannes va plus loin en qualifiant cette élite de « caste » qui « confond sa survie avec celle du pays ». À l’en croire, cette classe dirigeante « s’affole » à l’approche de la présidentielle de 2027 et se montrerait « prête aujourd’hui à toutes les alliances de circonstances, à toutes les compromissions morales et politiques, à tous les reniements ». Dans ce registre, il fait allusion, sans le nommer explicitement dans ses discours rapportés, au quasi-soutien apporté récemment par le responsable LR Laurent Wauquiez à Édouard Philippe, fondateur du parti Horizons.
En s’attaquant aux « héritiers » du macronisme et à un « petit monde parisianiste », David Lisnard cherche à se positionner comme une alternative issue des territoires, en rupture avec les accords jugés opportunistes entre formations traditionnelles et ex-cadres de la majorité. S’il n’a pas détaillé lors de cette réunion les contours d’un programme, la mise en scène de ce lancement de campagne et la dénonciation des « compromissions » esquissent une stratégie centrée sur la critique de la continuité et du jeu d’alliances au sommet, à près de trois ans de l’échéance présidentielle.