Souveraineté, IA, excellence : les raisons du chèque de 50 millions d’euros de Bernard Arnault à Polytechnique

03.07.2026


Polytechnique s’apprête à inscrire un nouveau nom de poids sur son campus de Palaiseau. L’école d’ingénieurs a annoncé la création d’un Institut de mathématiques et des sciences fondamentales financé par un don de 50 millions d’euros apporté par Bernard Arnault via sa société familiale Agache. L’ensemble, dont le bâtiment est attendu à l’horizon 2030, portera le nom du patron de LVMH, ancien élève de l’X, et ambitionne de devenir un pôle d’attraction pour des chercheurs internationaux de haut niveau en mathématiques, physique et informatique.

Au-delà de l’architecture – un concours doit être lancé pour dessiner la future construction – Polytechnique veut structurer l’écosystème français des sciences fondamentales. Un programme scientifique, la « résidence mathématiques », doit démarrer dès la rentrée prochaine, avant même la livraison des locaux. L’école entend ainsi renforcer sa capacité à attirer et retenir des talents dans un contexte de concurrence accrue, notamment de la part des établissements asiatiques, alors que les classements mondiaux maintiennent la France sous surveillance.

Lors de la cérémonie d’officialisation aux Invalides, Bernard Arnault a justifié son engagement autour de trois notions : l’excellence, la souveraineté et la créativité. Il a rappelé que « les mathématiques sont un foyer d’excellence française » et souligné qu’avec l’essor de l’intelligence artificielle, « celui qui maîtrise les mathématiques maîtrise les affaires du monde ». Pour le dirigeant, le développement des sciences fondamentales est désormais un enjeu central de compétitivité, condition pour « faire rayonner, à travers la science, la France et affirmer sa souveraineté notamment dans le domaine de l’intelligence artificielle ».

Ce soutien massif du secteur privé intervient dans un paysage où le financement de la recherche et la pression fiscale sur les contribuables alimentent déjà le débat. Sur le campus, la décision de donner le nom d’un grand industriel à un institut dédié aux mathématiques et aux sciences fondamentales nourrit des interrogations sur la place croissante des fortunes privées dans l’enseignement supérieur et la recherche. Les autorités publiques, elles, saluent un geste présenté comme un acte de patriotisme et y voient un levier pour « décloisonner le privé et le public », alors que l’X cherche à consolider son rôle de locomotive scientifique sans renoncer à ses missions d’intérêt général.

L’ultradroite la plus radicale face aux juges: retour sur un procès hors norme

05.07.2026


Le tribunal correctionnel de Paris a condamné six hommes, issus de la mouvance d’ultradroite pronazie, à des peines allant jusqu’à sept ans de prison pour un vaste trafic d’armes. Cinq d’entre eux, âgés de 22 à 25 ans, ont été reconnus coupables d’association de malfaiteurs terroriste, au terme d’un procès ouvert le 23 juin et clos vendredi 3 juillet après huit jours d’audience. Les juges ont retenu l’existence d’un réseau structuré gravitant autour de l’extrême droite la plus radicale, où la circulation d’armes côtoyait des projets de violences ciblées.

Selon l’enquête, ce noyau de sympathisants néonazis nourrissait des projets violents visant des juifs, des musulmans, la communauté LGBTQ+ ainsi que des militants de gauche. Parmi les cinq jeunes condamnés figurent deux anciens militaires, dont l’un a été décrit à l’audience comme le pivot du trafic. Cet ex-soldat, élevé dans un environnement marqué par l’antisémitisme et un traditionalisme catholique, a lui aussi écopé de sept ans de prison, mais sans période de sûreté, la procureure estimant qu’il avait en partie « évolué ».

La peine la plus lourde, sept ans de prison assortis d’une période de sûreté aux deux tiers et d’un suivi sociojudiciaire de six ans, a visé le plus jeune des prévenus. Né d’une mère japonaise et d’un père marocain, il a réaffirmé à l’audience son rejet du métissage, tout en expliquant avoir « délaissé certaines thèses » d’ultradroite mais en avoir « gardé d’autres ». Son attitude jugée particulièrement rigide a pesé dans la décision. Son avocate, Dominique Petit, a annoncé son intention de faire appel, ouvrant la voie à un possible second round judiciaire.

Le sixième homme, un policier retraité de 61 ans, a pour sa part été condamné à cinq ans de prison pour trafic d’armes, dont 25 mois assortis d’un sursis probatoire sur trois ans. Les magistrats ont souligné que l’enquête n’avait pas établi qu’il avait conscience d’alimenter des projets d’attentats. La partie ferme de sa peine sera purgée sous bracelet électronique. Ces condamnations, qui frappent un groupe mêlant civils, ex-militaires et ancien policier, illustrent la vigilance accrue de la justice française face aux dérives violentes de l’ultradroite radicale et à la circulation d’armes en marge des institutions.