
Au moins quatre députés du Rassemblement national affirment avoir vu leurs comptes bancaires clôturés peu après leur élection aux législatives de 2022, selon des informations révélées par France Inter. Les élus concernés sont Stéphane Rambaud, député du Var, Jean-Philippe Tanguy, député de la Somme, Franck Allisio, élu dans les Bouches-du-Rhône, et Thomas Ménagé, député du Loiret. Tous indiquent avoir reçu un courrier de leur établissement les informant de la fermeture prochaine de leurs comptes, sans explication détaillée.
Les parlementaires assurent ne pas connaître les motifs précis de ces décisions et les attribuent à leur appartenance au Rassemblement national, dans un contexte où le parti n’est toujours pas parvenu à convaincre une banque française de lui prêter de l’argent pour la présidentielle de 2027. L’un des courriers cités par Thomas Ménagé mentionne simplement : « Nous n'avons plus convenance à maintenir nos relations commerciales. » Une formulation similaire aurait été adressée à d’autres députés, dont Franck Allisio, client de sa banque depuis l’âge de 18 ans, selon leurs témoignages.
Ces cas surviennent alors que les députés nouvellement élus entrent dans la catégorie des « personnes politiquement exposées » (PPE), selon la terminologie utilisée par le secteur financier et rappelée par la Banque de France. Ce statut signifie que les établissements considèrent ces profils comme « exposés à des risques plus élevés de blanchiment de capitaux ». Dans ce cadre, les banques disposent d’une marge d’appréciation renforcée pour accepter ou refuser de maintenir une relation d’affaires, et peuvent décider de s’en écarter.
Les élus concernés estiment néanmoins que la décision de leurs banques relève d’un positionnement vis-à-vis de leur formation politique. Ils affirment ne pas avoir obtenu d’éléments supplémentaires permettant de comprendre les critères appliqués dans leur cas précis. Ni les banques citées, ni les autorités de régulation n’ont détaillé publiquement les circonstances de ces fermetures de comptes, laissant ouvertes les questions sur la manière dont les établissements gèrent les risques liés aux personnes politiquement exposées, et sur les conséquences concrètes pour les acteurs de la vie publique.

À partir du 4 juillet 2026, Avignon redevient pour trois semaines la capitale mondiale du théâtre, avec une édition hautement symbolique : le Festival « In » fête ses 80 ans, tandis que le « Off » célèbre son 60e anniversaire. Le directeur Tiago Rodrigues, reconduit pour quatre ans, a voulu transformer ce millésime en « célébration des arts vivants », en alignant davantage de spectacles, une majorité de créations et une grande diversité d’esthétiques. Au programme : théâtre, danse, performances, cirque, et une ouverture en forme de choc esthétique avec un spectacle-fleuve de cinq heures dans la Cour d’honneur du palais des Papes.
Cette édition se distingue aussi par la place donnée aux femmes à la mise en scène, devenues majoritaires, et par un accent assumé sur les artistes internationaux, notamment sud-coréens. Après l’anglais, l’espagnol et l’arabe les années précédentes, le coréen est la langue à l’honneur, dans un contexte où la présence de la romancière Han Kang, prix Nobel de littérature 2024, doit marquer les esprits. En ouverture, Julien Gosselin, directeur de l’Odéon-Théâtre de l’Europe, présente « Maldoror », vaste fresque inspirée de Roberto Bolaño et de Lautréamont, qui interroge la notion de mal et la manière dont les artistes s’en emparent.
Au-delà du In, le Off confirme son rôle de véritable cœur économique et artistique du rendez-vous, avec quelque 1 700 spectacles au programme et environ 300 000 spectateurs recensés l’an dernier par Avignon Festival & Compagnies. La ville se transforme en « marché » du spectacle vivant, vitrine essentielle pour des compagnies qui peinent à exister ailleurs. Une enquête Ipsos-BVA souligne par ailleurs l’attachement du public : 72 % des Français considèrent le théâtre comme un pilier essentiel de la culture et de la société, et la fréquentation des salles a progressé à 13 millions de spectateurs sur douze mois, contre 11,3 millions l’année précédente. Plusieurs représentations du In affichent déjà complet, alors que 136 000 à 151 000 places sont mises en vente selon les décomptes fournis.
Derrière cette effervescence, les professionnels restent toutefois préoccupés par la conjoncture. Les coupes budgétaires qui frappent le secteur, conjuguées à des déprogrammations pour motifs idéologiques, nourrissent la crainte d’un rétrécissement de la liberté de création. La récente annulation par la municipalité de Castres d’une pièce relatant des récits d’exilés a agi comme un signal d’alarme pour de nombreux acteurs du festival. Dans ce climat tendu, Tiago Rodrigues veut faire de cette 80e édition non seulement une fête, mais aussi une « fête des questionnements », conclue par une nuit de réflexions dans la Cour d’honneur avec artistes, scientifiques, philosophes et personnalités de la société civile, pour interroger le rôle de l’art dans un monde en mutation.