Du Havre à Rotterdam, le « Notre-Dame » lance une nouvelle ère de géants tricolores au GNL

05.07.2026


Le Havre s’est offert un véritable show maritime avec le baptême du CMA CGM Notre Dame, plus grand porte-conteneurs battant pavillon français et nouveau fleuron de la flotte du groupe. Long de 400 mètres pour 62 mètres de large, ce colosse de 24 212 EVP (équivalents vingt pieds) a été inauguré jeudi 2 juillet au Terminal de France, sur Port 2000, en présence du PDG de CMA CGM Rodolphe Saadé et de nombreuses personnalités politiques et économiques, dont le maire du Havre et ancien Premier ministre Édouard Philippe, le ministre des Transports Philippe Tabarot, Brigitte Macron et la dirigeante d’entreprise Delphine Arnault. La cérémonie, mêlant chants, danse et discours, a marqué l’entrée en service de ce navire amiral sur l’axe stratégique entre l’Asie et l’Europe.

Premier d’une série de dix méga porte-conteneurs construits en Chine, le CMA CGM Notre Dame rejoint la French Asia Line, une rotation de 102 jours reliant notamment Ningbo, Shanghai, Yantian, Singapour, Le Havre, Rotterdam, Hambourg et Tanger Med. Après une semaine d’escale inaugurale au Havre, le navire doit reprendre la mer vers les ports du Nord, avec un départ programmé vers Rotterdam. Doté d’un équipage français et arborant une coque bleu marine surmontée d’un déflecteur d’air vert à l’avant — un windshield permettant de réduire la résistance au vent —, il peut transporter plus de 24 000 conteneurs, soit l’équivalent de plus de 20 000 camions ou près de 600 trains de fret.

Ce lancement illustre la stratégie de CMA CGM en matière de transition énergétique. Propulsé au gaz naturel liquéfié (GNL), le Notre Dame embarque une architecture cryogénique avec une cuve d’environ 18 600 m³ intégrée à la structure du navire, où le GNL est stocké à -162 °C avant regazéification et injection dans les moteurs. Selon le groupe, cette motorisation permet de supprimer quasi totalement les émissions d’oxydes de soufre, de réduire les oxydes d’azote jusqu’à 85 % et d’abaisser les rejets de dioxyde de carbone d’environ 20 à 25 % par rapport aux carburants marins classiques, tout en éliminant pratiquement les particules fines. L’autonomie assurée par cette cuve couvre l’intégralité de la rotation Asie-Europe.

Au-delà de la propulsion, le navire concentre également les dernières innovations numériques de la compagnie. Des systèmes d’intelligence artificielle embarqués jouent le rôle de copilote, intégrant et analysant en temps réel des millions de données, de la météo aux courants marins en passant par le trafic et les performances du moteur, afin d’optimiser la route et de réduire encore la consommation de carburant. Neuf autres navires de cette même classe doivent rejoindre la flotte d’ici fin 2027. Ils porteront les noms de lieux emblématiques du patrimoine français — Panthéon, Orsay, Luxembourg, Versailles, Pont Neuf, Nation, Austerlitz, Cluny et Longchamp — avec l’ambition affichée de « faire rayonner l’excellence française sur toutes les mers ».

Compte à rebours pour Duralex, en quête d’un repreneur industriel

05.07.2026


Le compte à rebours est lancé pour Duralex. Placée en redressement judiciaire le 1er juin, la verrerie de La Chapelle-Saint-Mesmin (Loiret) est désormais engagée dans un plan de cession validé par le tribunal de commerce d’Orléans début juillet. Les candidats à la reprise ont jusqu’au 6 août pour déposer un dossier complet, avant une audience clé fixée au 17 septembre qui doit examiner les offres et tracer les lignes du futur de l’entreprise et de ses 243 salariés.

Fondée en 1945 et connue pour ses verres de cantine réputés incassables, Duralex affronte son cinquième redressement judiciaire en un peu plus de vingt ans. Deux ans après avoir été reprise en Scop par ses propres salariés, l’usine n’a pas réussi à surmonter ses difficultés financières. Le tribunal a accordé une période d’observation de six mois avec poursuite d’activité, mais le sort du site et de son savoir-faire industriel dépend désormais de l’issue du plan de cession.

Selon le syndicat Force ouvrière, une quarantaine de marques d’intérêt ont été recensées, sans qu’aucune ne se soit pour l’instant concrétisée en offre formalisée. À l’audience, aucun nom de repreneur potentiel n’a été évoqué. Les syndicats insistent sur la nécessité d’un « projet industriel sérieux » porté par un repreneur « compétent » capable de maintenir l’activité sur le site. Des élus locaux alertent sur le risque de voir émerger des candidats intéressés par la seule marque Duralex, sans engagement sur la production et l’outil industriel.

Dans l’usine, l’activité a été ajustée pour préserver la trésorerie. La production, mise en pause le 12 juin afin de réduire les charges et de concentrer les équipes sur l’emballage et la préparation des commandes, a redémarré avec la relance d’une ligne de fabrication. À l’extérieur, une quarantaine de militants, à l’appel de la CGT, se sont rassemblés devant le tribunal d’Orléans lors de la dernière audience pour afficher leur soutien à la verrerie et rappeler l’enjeu social et industriel de ce nouveau tournant pour Duralex.