Des rues aux centres de tri, le protoxyde d’azote met les collectivités sous pression

03.07.2026


En l’espace de quelques années, le protoxyde d’azote, longtemps cantonné aux siphons à chantilly et à certains usages médicaux, s’est imposé comme un casse-tête pour les collectivités. À Tours (Indre-et-Loire), les policiers décrivent désormais un trafic et une consommation capables de rivaliser avec certains stupéfiants. Face à une législation jugée insuffisante, la municipalité a choisi de serrer la vis : la consommation, la détention et, dans certains cas, la vente de ce gaz ont été interdites sur son territoire, assorties d’une amende de 150 euros pour détention ou usage.

Le phénomène dépasse largement le cas tourangeau. Dans la Loire, le préfet François-Xavier Bieuville a renouvelé au 1er juillet un arrêté préfectoral encadrant la détention, la consommation et la vente de protoxyde d’azote sur la voie publique dans tout le département, avec une application prolongée jusqu’au 31 décembre 2026. L’objectif affiché : contenir un usage détourné en « pleine expansion chez les jeunes ». Les autorités sanitaires y rappellent une double catégorie de risques, immédiats – asphyxie, perte de connaissance, brûlures par froid extrême, désorientation, vertiges, chutes et accidents de la route lorsque le produit est consommé au volant – et différés, avec des atteintes de la moelle épinière, des carences en vitamine B12, de l’anémie, des troubles psychiques et des accidents vasculaires cérébraux.

Sur le terrain, la montée en puissance de ce gaz dit « hilarant » se mesure concrètement. À Tours, la police municipale revendique 350 interventions en un an liées au protoxyde d’azote. Si les jeunes interrogés minimisent souvent en public leur consommation, certains reconnaissent des effets brutaux : « ça nous shoote, ça nous éteint directement », rapporte l’un d’eux. Pour les forces de l’ordre, ces arrêtés permettent d’introduire une dose de répression « quand c’est nécessaire », même si plusieurs élus locaux estiment encore manquer d’outils pour agir durablement face à un usage festif, diffus et mobile.

La problématique, enfin, ne se limite pas à la santé publique et à l’ordre sur la voie publique. Les professionnels du traitement des déchets tirent eux aussi la sonnette d’alarme. En Auvergne-Rhône-Alpes, un inventaire des centres d’Addictovigilance de Clermont-Ferrand, Grenoble et Lyon a recensé 531 patients admis entre 2021 et 2025 pour un usage récréatif détourné, plus de la moitié présentant des complications graves, tandis que l’ARS souligne que ces chiffres restent en deçà des usages observés. Parallèlement, les cartouches usagées perturbent la chaîne des centres de tri : Savoie Déchets évoque des explosions dans les presses à balles et dans les incinérateurs, capables d’endommager la grille des fours, un risque qui pousse des opérateurs comme le chambérien Trialp à développer des solutions de traitement spécifiques pour sécuriser une filière désormais mise sous tension par ce gaz devenu problème systémique.

Les 80 ans du In et les 60 ans du Off face aux menaces sur le spectacle vivant

05.07.2026


À partir du 4 juillet 2026, Avignon redevient pour trois semaines la capitale mondiale du théâtre, avec une édition hautement symbolique : le Festival « In » fête ses 80 ans, tandis que le « Off » célèbre son 60e anniversaire. Le directeur Tiago Rodrigues, reconduit pour quatre ans, a voulu transformer ce millésime en « célébration des arts vivants », en alignant davantage de spectacles, une majorité de créations et une grande diversité d’esthétiques. Au programme : théâtre, danse, performances, cirque, et une ouverture en forme de choc esthétique avec un spectacle-fleuve de cinq heures dans la Cour d’honneur du palais des Papes.

Cette édition se distingue aussi par la place donnée aux femmes à la mise en scène, devenues majoritaires, et par un accent assumé sur les artistes internationaux, notamment sud-coréens. Après l’anglais, l’espagnol et l’arabe les années précédentes, le coréen est la langue à l’honneur, dans un contexte où la présence de la romancière Han Kang, prix Nobel de littérature 2024, doit marquer les esprits. En ouverture, Julien Gosselin, directeur de l’Odéon-Théâtre de l’Europe, présente « Maldoror », vaste fresque inspirée de Roberto Bolaño et de Lautréamont, qui interroge la notion de mal et la manière dont les artistes s’en emparent.

Au-delà du In, le Off confirme son rôle de véritable cœur économique et artistique du rendez-vous, avec quelque 1 700 spectacles au programme et environ 300 000 spectateurs recensés l’an dernier par Avignon Festival & Compagnies. La ville se transforme en « marché » du spectacle vivant, vitrine essentielle pour des compagnies qui peinent à exister ailleurs. Une enquête Ipsos-BVA souligne par ailleurs l’attachement du public : 72 % des Français considèrent le théâtre comme un pilier essentiel de la culture et de la société, et la fréquentation des salles a progressé à 13 millions de spectateurs sur douze mois, contre 11,3 millions l’année précédente. Plusieurs représentations du In affichent déjà complet, alors que 136 000 à 151 000 places sont mises en vente selon les décomptes fournis.

Derrière cette effervescence, les professionnels restent toutefois préoccupés par la conjoncture. Les coupes budgétaires qui frappent le secteur, conjuguées à des déprogrammations pour motifs idéologiques, nourrissent la crainte d’un rétrécissement de la liberté de création. La récente annulation par la municipalité de Castres d’une pièce relatant des récits d’exilés a agi comme un signal d’alarme pour de nombreux acteurs du festival. Dans ce climat tendu, Tiago Rodrigues veut faire de cette 80e édition non seulement une fête, mais aussi une « fête des questionnements », conclue par une nuit de réflexions dans la Cour d’honneur avec artistes, scientifiques, philosophes et personnalités de la société civile, pour interroger le rôle de l’art dans un monde en mutation.