
La première fortune de France est de nouveau rattrapée par le fisc. Bernard Arnault, patron du géant mondial du luxe LVMH, s’est vu infliger un redressement fiscal d’environ 22,5 millions d’euros par la Cour administrative d’appel de Paris, selon un arrêt daté du 2 juillet. La décision vise à remettre à la charge de Bernard Arnault et de son épouse plusieurs millions d’euros d’impôts et de contributions, après des années de bataille contentieuse autour de la structure capitalistique du groupe.
Dans le détail, le couple Arnault doit s’acquitter de 12,96 millions d’euros de « cotisations supplémentaires » au titre de l’impôt sur le revenu et des contributions sociales pour l’année 2010, assorties de majorations et d’intérêts de retard. S’y ajoutent 9,5 millions d’euros au titre de l’impôt de solidarité sur la fortune pour les années 2012 à 2015, montants qui sont « remis à la charge » du couple, selon la décision consultée. Ce jugement en appel infirme le verdict de première instance qui avait, en décembre 2020, accordé au couple Arnault la décharge de ces impositions et la restitution de l’ISF sur la période concernée.
Au cœur du dossier, figure « l’actionnariat complexe » de LVMH, selon le média en ligne l’Informé, à l’origine de la révélation de la décision administrative. La famille Arnault ne détient pas directement des actions du groupe de luxe, mais via une cascade de holdings familiales, désormais pointées du doigt par l’administration fiscale. Ce montage de sociétés, utilisé pour détenir et organiser le contrôle du numéro un mondial du luxe, a servi de base aux redressements opérés par Bercy et contestés par les contribuables concernés.
La procédure s’inscrit dans une saga judiciaire à tiroirs. Après la décision favorable du tribunal administratif de Paris en 2020, le ministre de l’Économie de l’époque, Bruno Le Maire, est intervenu pour demander à la Cour administrative d’appel d’annuler ce jugement, en mars 2021 puis en novembre 2023. La Cour avait dans un premier temps rejeté la demande ministérielle, avant que le Conseil d’État n’annule cette décision et ne renvoie l’affaire devant la cour d’appel. Cette dernière a finalement durci sa position en confirmant le redressement. Un porte-parole de Bernard Arnault a déjà annoncé qu’un nouveau recours serait formé devant le Conseil d’État, prolongeant un peu plus une confrontation suivie de près dans le monde économique et politique.

À partir du 4 juillet 2026, Avignon redevient pour trois semaines la capitale mondiale du théâtre, avec une édition hautement symbolique : le Festival « In » fête ses 80 ans, tandis que le « Off » célèbre son 60e anniversaire. Le directeur Tiago Rodrigues, reconduit pour quatre ans, a voulu transformer ce millésime en « célébration des arts vivants », en alignant davantage de spectacles, une majorité de créations et une grande diversité d’esthétiques. Au programme : théâtre, danse, performances, cirque, et une ouverture en forme de choc esthétique avec un spectacle-fleuve de cinq heures dans la Cour d’honneur du palais des Papes.
Cette édition se distingue aussi par la place donnée aux femmes à la mise en scène, devenues majoritaires, et par un accent assumé sur les artistes internationaux, notamment sud-coréens. Après l’anglais, l’espagnol et l’arabe les années précédentes, le coréen est la langue à l’honneur, dans un contexte où la présence de la romancière Han Kang, prix Nobel de littérature 2024, doit marquer les esprits. En ouverture, Julien Gosselin, directeur de l’Odéon-Théâtre de l’Europe, présente « Maldoror », vaste fresque inspirée de Roberto Bolaño et de Lautréamont, qui interroge la notion de mal et la manière dont les artistes s’en emparent.
Au-delà du In, le Off confirme son rôle de véritable cœur économique et artistique du rendez-vous, avec quelque 1 700 spectacles au programme et environ 300 000 spectateurs recensés l’an dernier par Avignon Festival & Compagnies. La ville se transforme en « marché » du spectacle vivant, vitrine essentielle pour des compagnies qui peinent à exister ailleurs. Une enquête Ipsos-BVA souligne par ailleurs l’attachement du public : 72 % des Français considèrent le théâtre comme un pilier essentiel de la culture et de la société, et la fréquentation des salles a progressé à 13 millions de spectateurs sur douze mois, contre 11,3 millions l’année précédente. Plusieurs représentations du In affichent déjà complet, alors que 136 000 à 151 000 places sont mises en vente selon les décomptes fournis.
Derrière cette effervescence, les professionnels restent toutefois préoccupés par la conjoncture. Les coupes budgétaires qui frappent le secteur, conjuguées à des déprogrammations pour motifs idéologiques, nourrissent la crainte d’un rétrécissement de la liberté de création. La récente annulation par la municipalité de Castres d’une pièce relatant des récits d’exilés a agi comme un signal d’alarme pour de nombreux acteurs du festival. Dans ce climat tendu, Tiago Rodrigues veut faire de cette 80e édition non seulement une fête, mais aussi une « fête des questionnements », conclue par une nuit de réflexions dans la Cour d’honneur avec artistes, scientifiques, philosophes et personnalités de la société civile, pour interroger le rôle de l’art dans un monde en mutation.