
Le Maroc vient de franchir une nouvelle étape dans sa stratégie de transformation numérique et industrielle. À Rabat, le ministère de l’Industrie et du Commerce, le ministère de l’Enseignement supérieur, de la Recherche scientifique et de l’Innovation, ainsi que le ministère de la Transition numérique et de la Réforme de l’Administration ont signé une convention de partenariat avec ALTEN Maroc. Cet accord public-privé a pour objectif de structurer un écosystème d’excellence en intelligence artificielle (IA) et en technologies industrielles, afin de renforcer la compétitivité du Royaume et d’accélérer sa transition vers l’Industrie 4.0.
La convention s’inscrit dans le sillage des Hautes Orientations Royales, qui placent le développement du capital humain au cœur de la montée en puissance industrielle et de la digitalisation du pays. Elle vise à doter les jeunes des compétences nécessaires dans les technologies de pointe, tout en consolidant le rôle de l’université comme moteur d’innovation, de recherche et de développement économique. Le dispositif entend également renforcer les synergies entre secteurs public et privé, considérées comme essentielles pour faire émerger des projets à forte valeur ajoutée dans les métiers du numérique et de l’IA.
Ce partenariat est étroitement articulé avec la stratégie nationale « Maroc Digital 2030 » et la feuille de route « AI Made in Morocco ». Les autorités veulent ainsi positionner le Royaume comme un acteur de l’innovation technologique responsable et des technologies dites souveraines, dans un contexte de recomposition des chaînes de valeur industrielles. La convention accompagne par ailleurs la dynamique de transformation du système national d’enseignement supérieur, de recherche scientifique et d’innovation, en alignant davantage la formation et la recherche sur les besoins de l’économie numérique et industrielle.
Trois enjeux majeurs sont placés au centre de cet accord avec ALTEN Maroc : la montée en compétences et l’accompagnement des talents marocains dans les métiers du digital et de l’IA, l’accélération de la transition industrielle vers le modèle 4.0, et la structuration d’un écosystème d’excellence capable de soutenir durablement la compétitivité du Royaume. En misant sur un partenariat public-privé, Rabat cherche à créer un cadre opérationnel propice à l’émergence de solutions innovantes, tout en ancrant sa stratégie dans des objectifs de souveraineté technologique et de développement économique à long terme.

À partir du 4 juillet 2026, Avignon redevient pour trois semaines la capitale mondiale du théâtre, avec une édition hautement symbolique : le Festival « In » fête ses 80 ans, tandis que le « Off » célèbre son 60e anniversaire. Le directeur Tiago Rodrigues, reconduit pour quatre ans, a voulu transformer ce millésime en « célébration des arts vivants », en alignant davantage de spectacles, une majorité de créations et une grande diversité d’esthétiques. Au programme : théâtre, danse, performances, cirque, et une ouverture en forme de choc esthétique avec un spectacle-fleuve de cinq heures dans la Cour d’honneur du palais des Papes.
Cette édition se distingue aussi par la place donnée aux femmes à la mise en scène, devenues majoritaires, et par un accent assumé sur les artistes internationaux, notamment sud-coréens. Après l’anglais, l’espagnol et l’arabe les années précédentes, le coréen est la langue à l’honneur, dans un contexte où la présence de la romancière Han Kang, prix Nobel de littérature 2024, doit marquer les esprits. En ouverture, Julien Gosselin, directeur de l’Odéon-Théâtre de l’Europe, présente « Maldoror », vaste fresque inspirée de Roberto Bolaño et de Lautréamont, qui interroge la notion de mal et la manière dont les artistes s’en emparent.
Au-delà du In, le Off confirme son rôle de véritable cœur économique et artistique du rendez-vous, avec quelque 1 700 spectacles au programme et environ 300 000 spectateurs recensés l’an dernier par Avignon Festival & Compagnies. La ville se transforme en « marché » du spectacle vivant, vitrine essentielle pour des compagnies qui peinent à exister ailleurs. Une enquête Ipsos-BVA souligne par ailleurs l’attachement du public : 72 % des Français considèrent le théâtre comme un pilier essentiel de la culture et de la société, et la fréquentation des salles a progressé à 13 millions de spectateurs sur douze mois, contre 11,3 millions l’année précédente. Plusieurs représentations du In affichent déjà complet, alors que 136 000 à 151 000 places sont mises en vente selon les décomptes fournis.
Derrière cette effervescence, les professionnels restent toutefois préoccupés par la conjoncture. Les coupes budgétaires qui frappent le secteur, conjuguées à des déprogrammations pour motifs idéologiques, nourrissent la crainte d’un rétrécissement de la liberté de création. La récente annulation par la municipalité de Castres d’une pièce relatant des récits d’exilés a agi comme un signal d’alarme pour de nombreux acteurs du festival. Dans ce climat tendu, Tiago Rodrigues veut faire de cette 80e édition non seulement une fête, mais aussi une « fête des questionnements », conclue par une nuit de réflexions dans la Cour d’honneur avec artistes, scientifiques, philosophes et personnalités de la société civile, pour interroger le rôle de l’art dans un monde en mutation.