
Réuni à Lille du 3 au 5 juillet pour son 40e congrès, le Parti communiste français a conforté la ligne de son secrétaire national, Fabien Roussel, à la fois sur le plan interne et dans la perspective de la prochaine élection présidentielle. Réélu sans surprise à la tête du PCF avec 70,1 % des voix lors d’un vote à huis clos, il fait un pas de plus vers une nouvelle candidature, malgré les critiques persistantes d’une partie de la gauche qui lui reproche encore d’avoir pesé sur le scrutin de 2022. La direction revendique un choix assumé du « combat plutôt que du retrait » et place la bataille idéologique au cœur de sa stratégie.
Les militants ont entériné début juin le texte proposé par la direction, face à trois alternatives, même si la participation (24 600 votants sur près de 40 000 adhérents à jour de cotisation) rappelle l’ampleur du travail de mobilisation interne. Ce document affirme que « les communistes considèrent avoir toute légitimité pour porter une candidature de rassemblement issue de leur rang, pour l’élection présidentielle ». Devant les délégués à Lille, Fabien Roussel a réitéré sa disponibilité à mener « une nouvelle fois » ce combat, renvoyant la décision finale à un vote des militants prévu le 6 septembre pour désigner le candidat communiste à l’Élysée.
Pour la majorité des cadres et militants présents au congrès, l’option d’une candidature autonome s’inscrit dans la volonté de peser à gauche et de tenter de « dégonfler » l’extrême droite de quelques points, en récupérant un électorat populaire que le PCF estime pouvoir ramener dans le camp progressiste. Roussel, récemment réélu maire de Saint-Amand-les-Eaux (Nord), s’appuie sur ce succès local pour défendre une ligne de reconquête, tout en se heurtant aux réserves de certains élus communistes et aux critiques de La France insoumise, qui contestent la pertinence d’une multiplication des candidatures à gauche.
Le congrès a également été l’occasion de réaffirmer les ancrages internationaux du PCF. À l’invitation des communistes français, une délégation du Parti communiste du Vietnam, conduite par Nguyen Kim Son, a participé aux travaux. Dans son discours d’ouverture, Fabien Roussel a mis en avant la défense des droits des travailleurs, la solidarité internationale et le soutien à la paix, tout en affirmant vouloir renforcer les forces de gauche dans la période à venir. Nguyen Kim Son a transmis un message de félicitations du Comité central du PCV et salué l’amitié traditionnelle avec le PCF, ainsi que le soutien apporté par les communistes français aux différentes étapes du développement vietnamien. Au terme de ce congrès, le PCF se projette ainsi dans la séquence présidentielle avec une direction confortée et une ligne d’autonomie réaffirmée, en pariant sur sa capacité à peser de nouveau dans le paysage politique français.

En choisissant Saint-Raphaël (Var) pour lancer sa campagne présidentielle, David Lisnard a donné le ton d’une candidature construite contre ce qu’il décrit comme la continuité du pouvoir actuel. Devant près de 1.500 personnes selon les organisateurs, le maire de Cannes et président de l’Association des maires de France (AMF) a pris pour cibles les figures pressenties du camp macroniste pour 2027, notamment l’ancien Premier ministre Édouard Philippe et l’ex-chef du gouvernement Gabriel Attal. « Pourquoi vouloir à nouveau tenter de nous dire que le seul choix rationnel et raisonnable en 2027 serait de reconduire ceux qui ont gouverné et échoué ? », a-t-il lancé.
Candidat libéral, David Lisnard a rompu au printemps avec Les Républicains pour se présenter en solo à la présidentielle. Cette prise de distance s’est doublée d’une attaque frontale contre ce qu’il appelle « un petit monde parisien » qu’il dit avoir « découvert » via ses fonctions à la tête de l’AMF. Il décrit un milieu qui « fréquente les mêmes cercles, les mêmes lieux de pouvoir » et partage « les mêmes habitudes et les mêmes réflexes ». Selon lui, le pouvoir resterait ainsi concentré entre les mains d’une même élite politique et administrative.
Le maire de Cannes va plus loin en qualifiant cette élite de « caste » qui « confond sa survie avec celle du pays ». À l’en croire, cette classe dirigeante « s’affole » à l’approche de la présidentielle de 2027 et se montrerait « prête aujourd’hui à toutes les alliances de circonstances, à toutes les compromissions morales et politiques, à tous les reniements ». Dans ce registre, il fait allusion, sans le nommer explicitement dans ses discours rapportés, au quasi-soutien apporté récemment par le responsable LR Laurent Wauquiez à Édouard Philippe, fondateur du parti Horizons.
En s’attaquant aux « héritiers » du macronisme et à un « petit monde parisianiste », David Lisnard cherche à se positionner comme une alternative issue des territoires, en rupture avec les accords jugés opportunistes entre formations traditionnelles et ex-cadres de la majorité. S’il n’a pas détaillé lors de cette réunion les contours d’un programme, la mise en scène de ce lancement de campagne et la dénonciation des « compromissions » esquissent une stratégie centrée sur la critique de la continuité et du jeu d’alliances au sommet, à près de trois ans de l’échéance présidentielle.